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lundi 2 mars 2015

L'esthétique du vieillissement : l'écorce


Écorce d'osier tressée sur armature métallique


Détail : brun chaud / écorce et vert de gris / mousse

Les sculptures sont au jardin depuis le printemps dernier. Une jolie mousse recouvre doucement les parties supérieures. La sculpture redevient un arbre. 

Bonne semaine, bm

lundi 25 août 2014

L'esthétique du vieillissement : la tôle d'acier (4)

   Aujourd'hui,  pour finir la série : une patine gastronomique, la poêle à frire en tôle d'acier.


poêle en tôle d'acier 

   A l'achat, la poêle est d'un gris métal brillant. Lors du premier usage, il faut culotter la tôle, la faire chauffer doucement avec un peu d'huile. A force de répéter l'opération, la tôle noircit et se graisse uniformément. Là, on obtient un revêtement anti-adhésif de toute beauté, solide et efficace.
Les poêles en acier sont idéales pour saisir : œuf au plat, lard grillé, sardine...
On préchauffe doucement la poêle, avec un peu de matière grasse si l'aliment est maigre. (lorsque la poêle est bien patinée, inutile !). Lorsque la chaleur est répartie uniformément, augmenter le feu à la puissance voulue. Attention aux risques de brûlures en prenant le manche. 
    On peut aussi se servir de la poêle pour faire cuire des crêpes, ou fondre un magret de canard côté peau. Mais surtout pas de sauce tomate, pas de déglaçage au vinaigre, ni de petits légumes mijotés doucement ! L'acidité attaque le culottage, et tout le long travail est à recommencer ! (Noter que ce n'est pas irrémédiable).

Finition : manche riveté

Entretien

   Dès la fin de cuisson, passer la poêle sous l'eau chaude, au besoin gratter les parties attachées à la paille d'acier. Surtout pas de détergent ! C'est le précieux culottage qui va partir. On essuie soigneusement. Si la surface est trop sèche, huiler légèrement. Attention, ce n'est pas sale ! Le culottage n'est pas du gras brûlé, mais bien une couche intégrée à la matière.
Au bout de plusieurs années, l'eau et l'égouttage suffisent, le culottage empêche la tôle de rouiller.

   Si vous trouvez quelques tâches de rouilles au début, gratter simplement. La rouille n'est pas nocive.



Bonne semaine, Bm

lundi 18 août 2014

L'esthétique du vieillissement : le cuivre (3)


Plaque de cuivre, celle du dessus : finition martelé

Vert-de-gris : oxydation de surface. Le vert-de-gris forme une couche de protection contre la corrosion de masse
Lustrage au tour à polir

Avant / après polissage. On voit que sous la couche d'oxydation, le cuivre est intact, brillant et d'une couleur intense.










Bonne semaine, Bm

lundi 11 août 2014

L'esthétique du viellissement : le cuir (3)

Suite de la série sur les patines

Le cuir

 

Chute de cuir non teinté : à droite, bande de cuir récent, à gauche, patiné depuis quelques années

La patine naturelle


A l'atelier, j'utilise de la bande de cuir naturel, non teinté pour faire les poignées des sacs.
Le cuir est d'un beige doux. Au fil du temps le cuir fonce jusqu'à un brun clair et chaud. C'est un cuir qui reste beau, il évolue, mais ne vieillit pas. Pas de problème de teinture qui se fane. Par contre encore jeune, c'est un cuir salissant, il marque très vite les tâches, et demande d'être méticuleux. (ici c'est une guerre permanente contre les chiures de mouches !)


De manière générale, le cuir fonce, et s'assouplit s'il est bien entretenu. (Les plis d'aisance sur les chaussures).
La patine du cuir est très appréciée, on trouve la plupart des articles en version cuir vieilli (fauve, avec une marbrure plus claire) parfois de belle qualité.
Mais vous obtiendrez la meilleure des patines en utilisant régulièrement votre cuir, chaussures ou blouson.


L'entretien

Le cuir est une matière vivante, c'est une peau qui est tannée pour garantir sa conservation. Laissé sans soin, le cuir se décompose. L'entretien vise donc à recréer artificiellement les caractéristiques de la peau : la peau respire, la peau est nourrie, la peau est protégée.

Les étapes

- brosser régulièrement les articles en cuir pour enlever la poussière.
- nettoyer soit à l'aide d'une crème spéciale, soit avec une éponge propre légèrement humide + un peu de savon noir.
- cirer à la chamoisine (bien tendue sur le doigt, pas de pli) avec un cirage de bonne qualité (type saphir, ou grison). Le cuir gras et  le fil poissé de la couture (disons entre l'enveloppe de la chaussure et la semelle) se graissent.
- lustrer à la brosse (pas la même qui sert à décrotter ! prendre une brosse plus douce, à réserver à cette usage).

Si le cuir est mouillé, le faire sécher dans un endroit aéré. Pas de chaleur excessive qui dessécherait le cuir.

 

La patine artificielle

La glaçure est un autre procédé d'entretien. On lustre le cuir de manière répétée avec un peu de cirage + goutte d'eau jusqu'à la formation d'une couche à l'aspect de vernis. Le glaçage est utilisé sur l'avant des chaussures réalisées en cuir fin et permet de protéger efficacement le cuir.
Cette technique est aujourd'hui amplifiée pour donner un aspect de patine assez extraordinaire dans le domaine de la chaussure classique homme.
On trouve des modèles du plus sage, imitant un lustre et une estompe de la teinture (une certaine sublimation des traces de l'usure), aux modèles les plus fous avec des dégradés de deux tons, une exubérance des coloris, un aspect très "laqué".
Certaines maisons se spécialisent même dans la réalisation sur mesure de ces patines.
Le courant fait des ravages sur internet, on parle même de calcéophile (!).
La patine sur une chaussure, est-ce encore classique ? Est-ce encore de bon goût ? Est-ce un chef d’œuvre ?
Va-t-on bientôt voir des variantes dans la maroquinerie ou les vêtements?




La semaine prochaine : la patine du cuivre.
Bonne semaine, bm

lundi 4 août 2014

L'esthétique du vieillissement : 2, le bois

Suite de la série sur la patine.

Le bois


Le bois est une matière organique végétale, produit par la lignification progressive des cellules, et joue le rôle de tissu de soutien (= notre squelette). 
 
Vieux chêne avec tranche poncée. On voit l'aubier vermoulu, et les veines bien dessinées.

Dégradation

Les ouvrages en bois sont sensibles aux attaques des champignons et des insectes qui se nourrissent de la lignine. Dans ces conditions, le bois se décompose peu à peu en humus.


Patine

Les éléments de menuiserie exposés au soleil et à la pluie grisent naturellement, et cela sans nuire à la solidité. (voir les belles églises scandinaves, construites en bois au Moyen Age).
La patine varie subtilement d'une essence à l'autre.
Il peut aussi apparaitre des fissures, fentes, déformations des ouvrages, le bois "travaille".

Protection

La protection des constructions a fortement évoluée aux cours des siècles, non seulement grâce aux progrès techniques, mais aussi en suivant l'esthétique de l'époque. (C'est un avis personnel). On cherche aujourd'hui à mettre en avant l'aspect "bois", "naturel", "chaud", par exemple en utilisant des peintures aux teintes dites "ton chêne", ou les fameux "anti UV". Alors qu' historiquement, les finitions des bois étaient parfois très colorés. .

Petit tour d'horizon des méthodes de protection du bois :

- dès l’abatage : coupe en période de repos végétatif,  choix des essences résistantes riches en tanins, (chêne, acacia, châtaigner, bois exotiques), sens des fibres, long séchage. A noter, on peut estimer que les pièces  vermoulues uniquement sur l'aubier (la partie tendre du bois) ont un temps de séchage de 5 ans environ. (C'est donc bon signe !)

- à la construction : choix des assemblages, pose des bois à la verticale, débord de toitures important, base surélevée, rejet de l'aubier, finitions (un simple ponçage diminue l'infiltration de l'eau dans les pores).

- traitement thermique :  la rétification (séchage à haute température) augmente la durée mais diminue la résistance.
L'autoclave en bain d'huile semble plus performant ; à température moins forte, les pores sont saturés d'huile. Le bois est ainsi hydrophobe et vieillit moins vite. (Un peu comme une bonne crème hydratante (c'est-à-dire grasse) protège du froid et limite l'apparition des rides).

-traitement chimique : peintures métalliques (les célèbres peintures au plomb, très efficaces et toxiques), peintures, lasures, insecticides et vernis de la chimie organique (pétrole).

-traitement naturel temporaire : application répétée d'huile de lin, térébenthine, cire...

-traitement naturel plus solide : peintures à l'ocre ( le rouge sang de bœuf !) ou goudron végétal.
Ces traitements, bien que très efficaces, sont peu utilisés aujourd'hui car ils changent l'aspect du bois.


Un coup de neuf 

- Application d'un dégriseur chimique ;
- Ponçage des couches oxydées.



L'architecture contemporaine utilise le grisaillement du bois comme une couleur à part entière : bardage des façades, éléments de clôture...
Par contre le bois est de plus en plus remplacé par du plastique dans l'architecture domestique : clôture, garde-corps, fenêtre, volet... 
Si encore le PVC avait la générosité d'être jaune lumineux, rouge chaud ou bleu profond, non, le PVC le plus original est "ton bois". Mais le bois est séduisant aussi pour : le craquement des planches, l'odeur du bois mouillé, la beauté des veines, l'irrégularité des nœuds, l'épaisseur de la matière, les ombres portées... La corvée de l'entretien est-elle donc vraiment un calvaire ? Les fissures, les trous, le ternissement sont aujourd'hui des défauts. Il faut que le bois fasse "neuf".

Nous admirons tant les chalets suisses, les temples japonais, les cabanes rustiques, les meubles art déco, et nous nous contentons d'ersatz bien pauvres.





La semaine prochaine : le cuir.

lundi 28 juillet 2014

L'esthétique du vieillissement : 1. l'osier

   Une petite série sur l’évolution des matériaux dans le temps, aujourd'hui : l'osier.


   Rappel : la plupart des matériaux se dégradent dans le temps. Quelques exceptions, comme l'inox, le verre, présentent une excellente stabilité à l'échelle humaine. Ils ne s'altèrent ni en présence d'eau, d'acide ou de base, ni sous l'effet de la lumière ou de la chaleur ("normale", et non de fusion).
   Les autres types de matériaux évoluent plus ou moins rapidement sous l'effet principalement du rayonnement du soleil, de l’oxydation (comme la peau humaine !) et des intempéries (sans parler des conditions extrêmes comme l'utilisation en milieu marin, acide, sous haute pression...). 
   Chaque objet a une durée de vie depuis sa fabrication à sa dégradation. Cette durée dépend de l'utilisation, de sa composition et de son entretien.
De l'aspect "neuf", la matière passe par différents stades suivant sa composition et finit par avoir de la "patine". Attention la patine n'est pas une dégradation du matériau, il s'agit seulement de l'aspect extérieur, de la couche superficielle. Un peu comme le bronzage de la peau : exposition au soleil, brunissement, hiver, desquamation, et retour de la peau blanche.  La structure n'est pas touchée. A ce stade, les propriétés intrinsèques (résistance, perméabilité, souplesse) sont inchangées.
  La patine est simplement visuelle et esthétique. Et suivant la matière, le client, les effets de mode, elle est recherchée, provoquée ou au contraire limitée et évitée à tout prix.

 Petit tour d'horizon, et pour commencer, une matière que l'on connait bien ici :

L'osier


Au premier plan : l'osier neuf, à gauche : le patiné.
  L'osier blanc est donc écorcé. A la fin de cette opération, il est d'un blanc lumineux. On le stocke à l'abri de la lumière pour éviter son jaunissement, et à l'abri de l'humidité contre le pourrissement. 

Finition 

  Les articles de vannerie ne nécessite pas de couche de finition. La dernière étape consiste à soufrer, c'est à dire que l'on expose les ouvrages aux vapeurs soufrés dans un endroit clos. Le soufre protège des attaques d'insectes, champignons, et blanchit parfaitement.
La vannerie ainsi traitée à un bel aspect blanc franc, plutôt froid, net, assez éloigné de la matière que l'on associe au bois.
On trouve parfois des articles en osier verni, jaunasse ; à éviter, l’humidité est emprisonnée à l'intérieur des fibres. 

Patine

   L'osier prend une teinte doré sous l'effet des UV. On peut accélérer le processus en exposant volontairement et de façon homogène le tressage au soleil (derrière une fenêtre, dans une voiture...). La patine dépend aussi de la variété d'osier. Sur la photo, on voit que les brins utilisés sous la bordure (Salix triandra ) sont plus pigmentés que l'ensemble (S. fragilis ?). Le triandra présente naturellement une texture très marquée : petites tâches de couleur brun chaud, variations du grain... Le brin, même extra "jeune" tire déjà sur un beige beaucoup plus chaud que le blanc net des autres variétés.

   On prendra soin d'avoir toujours quelques modèles déjà patinés, et qui n'auront pas cet aspect "neuf", "clinquant", pour satisfaire le goûts de tous les clients.
 De même,il est intéressant d'avoir en stock quelques bottes d'osier pré-patinés pour les menues réparations sur des paniers plus anciens.

Dégradation

   L'osier se décompose comme les autres matières organiques  : sous l'action de l'eau, insectes, micro-organismes. Vous jetez un panier ? hop, réduit en morceaux au compost, ou bien comme petit bois d'allumage.
Pour prolonger sa durée de vie, l'osier doit être soigneusement séché après chaque contact avec l'eau. (On peut laver sans problème les volettes à tarte au lave-vaisselle !) Traditionnellement les articles destinés à une utilisation en milieu humide (bonbonne, manne à patate...) ont un fond barré par deux lattes de châtaignier (aération...).
  Pour résister en extérieur, l'osier est traité en autoclave (imprégnation sous pression des fibres). En général, les fournisseurs garantissent une durée de vie de  5 à 10 ans. (Quant à la nature des traitements ?).
Une application régulière d'huile de lin est aussi recommandée pour une utilisation en extérieur, mais surtout pas de vernis !
A noter, l'osier non écorcé, "brut", est beaucoup moins stable que l'osier "blanc". L'écorce offre un abri aux insectes, et maintient l'humidité.


Un coup de neuf 

   Si vous souhaitez "rajeunir" une pièce en vannerie :
1. nettoyage à la lessive St Marc, séchage soigneux.
2. si vous y tenez, lavage à la javel, ou moins violent, eau vinaigré.
3. l'idéal est de confier la pièce à votre vannier préféré, qui lui donnera un petit coup de soufre.
Attention, l'osier ne retrouvera pas une blancheur immaculée, mais s'éclaircira bien d'un ou deux tons. (Plus les bienfaits antifongiques...). 



L'écorce d'osier

   A l'atelier, la matière que je préfère travailler est l'écorce. (osier ou jeunes arbres).
On connait le tressage en écorce de bouleau, les tuiles japonaises en écorce de cyprès, mais assez peu d'utilisation de l'écorce d'osier.
Quand j'ai commencé à utiliser cette matière, la question de sa durabilité s'est de suite posée.
On trouve peu de documentation sur ce matériau. (A part peut-être sur une possible utilisation comme isolant avec une excellente résistance au feu ! et oui, le morceau de bûche refendue brûle mieux du côté où il n'y a pas l'écorce.)

  Bref, les premières conclusions ( expérience sur trois/quatre ans)
- La plupart des écorces brunissent dans le temps mais certaines variétés restent lumineuses et colorés. J'ai essayé une trempe à l'alcali pour éclaircir les tannins. Bof. Pas de résultat.
- La patine est ici décrite "comme du cuir" par beaucoup de clients.
- C'est surtout le côté interne de l'écorce qui fonce parfois jusqu'à une teinte acajou, pas vilaine du tout.
- Lors d'une installation, une de mes sculptures est tombée une nuit dans un bassin naturel. Au petit matin, la pièce présentait une coloration foncée, noire. (Oxydation dû à la boue ?)
- résistance aux intempéries : là, je suis en plein protocole d'essai.
Deux séries de pièces sont mises à l'extérieur, l'une avec une traitement classique, l'autre sans rien, pour voir combien de temps le tressage résiste ; 
pour le moment (printemps/été uniquement) pas de désordre apparent, à part une légère trace de moisissure là où le tressage est particulièrement serré.

   Expérience à suivre...

   Et la semaine prochaine : la patine du bois ...


bm